En miroir du solstice d'été, c'est après une nouvelle mûre réflexion qu'il a été décidé pour la Clairière de la Rivière Chantante de ne pas se réunir, cette fois, pour le solstice d'hiver du mois de décembre 2020.

En effet, si rencontres et réjouissances sont importantes au creux de cette période de troubles, il y a aussi un équilibre à trouver pour ne pas multiplier les contacts. Or, les plus régulièrement présent⋅es célèbreront le solstice à La Sente de l'Awen, nous nous centrerons donc sur un seul moment de partage. C'est la qualité plutôt que la multiplicité des rencontres qui compte.

En guise d'illustration, l'image miroir de celle présentée pour le solstice d'été. Au solstice d'hiver pour l'hémisphère nord, cette fois, la face de la Terre la plus éclairée est celle de l'hémisphère sud.

La Terre lors du solstice d'hiver de l'hémisphère nord, licence CC-BY-SA Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:La_Terre_au_solstice_d'hiver.png?userlang=fr
La Terre lors du solstice d'hiver de l'hémisphère nord, licence CC-BY-SA Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:La_Terre_au_solstice_d'hiver.png?userlang=fr

Le solstice d'hiver aura lieu cette année, le 21 décembre à 11h03m heure locale. En ce moment, le soleil est au plus bas de sa course le long de la journée, il est rasant. Ce jour-là, son tracé suivra la courbe bleue devant nous si nous le regardons vers le sud.

La déclinaison du soleil au cours d'une journée, aux solstices et aux équinoxes, licence CC-BY-SA Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Solar_declination.svg?userlang=fr
La déclinaison du soleil au cours d'une journée, aux solstices et aux équinoxes, licence CC-BY-SA Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Solar_declination.svg?userlang=fr

C'est ainsi que le soleil se lèvera plus tard, se couchera plus tôt et que cette journée sera la plus courte de l'année.

C'est le cœur de la période sombre, le cap où l'attente de la promesse des jours meilleurs sera passé. La promesse sera tenue. Au niveau de l'ensoleillement.

Sans qu'il y ait pour autant de corrélation, ou de lien de cause à effet, nous ne pouvons que constater que le monde autour de nous est chamboulé, nous vivons comme une véritable plongée dans l'ombre de la société humaine, en tous cas telle qu'elle se manifeste médiatiquement.

Nous pouvons donc profiter de ce à quoi nous invite la sagesse païenne celte vis-à-vis de notre intériorité en cette période, à savoir aller à la rencontre de nos ombres, pour poser un regard lucide sur ce qui se passe autour de nous, sur l'ombre qui plane non seulement sur nos vies individuelles, mais aussi au niveau collectif. Dans "lucide", il y a "lumière", et nous pouvons nous reposer sur la nouvelle percée qu'opèrera le soleil au solstice pour faire la nôtre.

S'il n'est pas dit que nous serons tirés d'affaire après ce passage, nous pouvons mettre de la clarté dans ce qui se passe, et mieux nous préparer à ce que l'avenir nous réserve.

La spiritualité, ce sont ces choses-là tout à la fois: cultiver l'esprit, voir ce qui est, faire preuve de créativité.

Cultiver l'esprit, c'est le tendre vers des aspirations élevées.

Voir ce qui est, c'est voir les choses, telles qu'elles sont, avec discernement. Voir les choses "telles qu'elles sont" dans son sens le plus profond, c'est en réalité voir les choses sans filtre, dans toutes l'intensité du vivant. Ici, nous nous contenterons de chercher à voir ce qui arrive dans le monde phénoménal, sans les nier, de regarder avec honnêteté et lucidité ce qui se trame.

Faire preuve de créativité, c'est nourrir un imaginaire foisonnant et laisser place pour laisser émerger ce qui nous vient de l'inspiration, ce que nous appelons l'Awen.

Alors, qu'est-ce qu'il y a à voir ?

Nous assistons autour de nous à, et nous faisons partie de, ce qui est une société en proie au désarroi face à des changements inévitables qui s'annoncent. Une épidémie est venue bousculer un équilibre déjà fragilisé. Elle a mis en évidence une solidarité et une créativité collective, mais aussi une coercition et une répression inappropriée aux besoins de la situation, à l'émergence d'une pléthore de visions, d'avis et de contestations vis-à-vis de l'inconnu qui se présentait à nous, omettant la plupart du temps d'accorder la parole à de véritables spécialistes du métier. Sur le long terme, cette situation pèse sur les cœurs, et creuse davantage le fossé des inégalités au sein de la population. Il est évident que des précautions doivent être prises, cependant il y aurait lieu de trouver un équilibre où des précautions pourraient être prises, sans causer une sur-pression psychologique sur les individu⋅es et où certains métiers ne seraient pas délaissés au profit des grosses structures. L'exercice n'est cependant pas évident, et il ne s'agit pas de donner des leçons, mais bien de voir la problématique des rouages qui sont à l'œuvre dans un système qui cherche à maintenir un fonctionnement qui se révèle oppressif pour le vivant.

Par ailleurs, il faut aussi se rendre compte que cet incident est un tout petit grain de sable, qui augure ce qui nous attend face à quelque chose d'une autre ampleur, le dérèglement climatique. C'est cela, "voir ce qui est".

La société va devoir changer son rapport au temps et à la vie, c'est certain. Ce qui va nécessiter d'orchestrer un changement structurel sur les plans social et économique. Nous aurons besoin d'entraide.

Or, aujourd'hui, la réponse d'un système qui est régi par une loi économique, qui est purement mathématique vis-à-vis de phénomènes ne prenant pas en compte la physique, c'est de préserver son fonctionnement coûte que coûte. Jusqu'à ce que ça coûte économiquement, en fait.

La pression économique engendre une accélération de nos rythmes, qui accentue sans cesse nos besoins énergétiques au point d'exercer une pression qui modifie l'environnement et la nature dont nous faisons partie. Rien de neuf, si ce n'est que ce qui était alerté dans les simulations est en train de se produire.

Une part de la société n'accepte plus cela, et elle a raison. Un déséquilibre, c'est-à-dire, un changement de l'équilibre, se produit, à la fois dans les équilibres naturels, mais aussi dans la société et son organisation sociale. Cette modification d'équilibre engendre une part de chaos, d'instabilité. N'oublions pas que le chaos préside à la naissance de quelque chose de neuf.

En guise de remède, les tenants du système défaillant, bousculé par le Chaos émergeant répondent par la mise en exergue outrancière de la Loi, de l'Ordre, qui se traduit dans les lois, et par un renforcement de l'action des forces de l'ordre. Comme si elles allaient pouvoir contenir le grand déséquilibre à l'œuvre, dont nous voyons un premier reflet. Il ne s'agit pas de juger la personne des individus (n'oublions pas que toutes les facettes ont leur place dans la roue astrologique, et que tout a une place dans l'Univers), mais d'observer que ces mécanismes ne nous sont pas salutaires pour la collectivité, ils sont les balbutiements d'une part de la société qui a pour idéal un monde obsolète. Il a eu son temps, ses apports et ses écueils, il est temps pour lui de donner lieu à quelque chose de neuf. Rappelons aussi qu'une naissance ne se fait pas non plus, sans déchirements.

Ainsi, comme l'a décrit à l'envi, l'écrivain Michael Moorcok dans son cycle d'Elric et ses cycles du Multivers mettant en scène l'éternel opposition entre la Loi et le Chaos, si une surenchère de la Loi est donnée pour contrecarer le Chaos, comme pour répondre à une loi des équilibres, si l'un devient trop fort, l'autre va le devenir encore plus aussi. Et, inversement. On peut y voir comme une analogie (et non une application) de la loi d'action–réaction des forces en physique. Il est à noter qu'il s'agit ici de l'excès de loi sur le plan humain (le mental, manifeste cette excès d'Ordre en exerçant sa rigidité au sein d'un ensemble d'esprits partageant une même vision, celle mobilisée par et pour le système dans lequel ils se retrouvent, par choix, intérêts, ou par manque d'imagination et de perspectives), et non de l'organisation intelligente de la nature, tout en réalisant que ce processus qui nécessite maturation humaine fait partie lui-même de la nature.

Il semble en tous cas que nous soyons rentrés dans une spirale de l'escalade, une polarisation autour des extrèmes, axée sur la dualité, c'est ce que nous voyons se dérouler devant nos yeux.

Dans cette incertude ambiante, où nous situer ?

C'est en réalité à chacun⋅e d'entre nous de trouver sa réponse. Ça va nous aider, ça, vous allez vous dire !

Oui, devant tout ce qui se passe, la colère est légitime. Est-ce cependant, la meilleure façon, pour nous d'user de notre énergie ? C'est cela, "cultiver l'esprit". Cette fois, c'est Geroges Lucas qui le met en scène de manière imagée au travers du personnage de Yoda, dans Star Wars "Fear is the path to the dark side... Fear leads to anger... Anger leads to hate... Hate leads to suffering". En français, "La peur mène au côté obscur... La peur mène à la colère... La colère mène à la haine... La haîne conduit à la souffrance." Ce sont des processus à l'œuvre dans l'émotionnel humain, connus des voies initiatiques et des arts martiaux.

La colère peut pourtant être un puissant moteur ; si elle est canalisée, cela lui permet de prendre une autre forme.

Donc, nous sommes là, aujourd'hui, baigné dans une incertitude, à l'approche de la nuit la plus longue de l'année. Si le futur a toujours été incertain et le sera toujours, il nous est plus difficile que d'ordinaire de nous construire des perspectives. Les repères ont changé. Rappelons-nous toutefois que la vie se vit comme une succession de présents, et celui-ci est toujours là. Si les cartes changent, c'est aussi l'occasion de dessiner un autre futur.

Pourtant, à ce jour, notre visibilité est peut-être réduite, comme celle émise par une lumière fragile, qui vacille. Nous sommes comme l'ermite (la carte du tarot), et nous avançons à la lueur de notre propre lanterne, dans cette nuit noire.

Depuis l'émergence de ces temps de troubles, j'aime à me rappeler que la sagesse du Taï-Chi et des arts martiaux a traversé des millénaires et s'est transmise, malgré un pouvoir répressif et autoritaire. Aussi, que si ce qui faisait le savoir des Celtes a été étouffé, que si les sorcières ont été écrasées pour leurs pratiques, leurs arts et savoirs subsistent et renaissent aujourd'hui. Grâce à toutes ces druidesses et druides, ces sorcières sur le chemin de la reconstruction et de la transmission, qui se sont mis⋅es à tisser une toile de cœur qui nous unit. Que réparties, dans plusieurs endroits à travers le monde, des peuples autochtones vivent toujours selon une sagesse, disponible à qui veut bien la regarder.

Ainsi que l'ont transmis Paule et Gordon de Ho Rites lors des voyages en Arizona, j'aime à répéter "Keep the Flame Alive", "Maintenons la Flamme en Vie". C'est cette flamme qui est à l'origine de notre pouvoir créateur, et qui nous permettra de "faire preuve de créativité". Alors, préservons-la.

Plus que jamais, c'est devenu approprié, et en ce solstice d'hiver, c'est exactement cela que nous allons vivre. Nous allons aller à la rencontre de "La Grande Nuit", éclairés de notre seule lumière, avec l'espérance de voir émerger à nouveau le soleil, enfanté par La Nuit.

Soyons forts à travers ce solstice d'hiver. Forts pour être prêts à rencontrer notre vulnérabilité, celle de l'être humain qui patauge. L'humanité a encore à grandir et mûrir, pourvu qu'elle le fasse. Et bien-tôt. Si elle tient à elle-même. Unissons nos cœurs pour accomplir cette traversée avec plus de sérénité et de créativité, dans une approche réaliste. Renouons un lien d'Amour avec notre Terre-Mère, ou réaffirmons le s'il est déjà présent, prenons soin d'elle et de la vie précieuse qu'elle nous offre, accueillons l'Amour qu'elle diffuse, réjouissons-nous du spectacle du vivant qu'elle manifeste chaque instant pour le révéler devant nos yeux.

Eltaran

Notes

Une part des informations et réflexions qui ont inspiré ce texte sur la thématique de la plongée dans la nuit du solstice d'hiver sont tirées de la conférence de Jean-Marc Jancovici intitulée "Il était une fois l'énergie, le climat et la relance post-covid – EIVP 21/09/2020".

La vision spirituelle et ésotérique présentée dans ce texte relève d'Eltaran pour la Rivière Chantante, et ne sont pas à associer à l'auteur de la conférence. Vous êtes invités à prendre connaissance du contenu scientifique, tel qu'il l'a présenté lui-même, il est très instructif et accessible.

Je ne partage toutefois pas tout à fait la même impression sur le rapport au temps autrefois que celui qu'il décrit dans la conférence. S'il est évident que la mécanisation a apporté un soulagement pour les activités contraignantes et permis l'émergence de procédés impossibles sans, il me semble que le rapport à la cadence du temps était différent, plus proche des rythmes du corps et de la nature (travaux agraires et artisanaux). Le travail à la chaîne est arrivé avec l'industrialisation et la cadence par l'horloge avec le train à vapeur (cf. documentaire d'Arte). Pour ce qui est du temps pour les recherches et les longues études, il devait être disponible, mais réservé en effet à une petite portion de la population. Il faudrait creuser ces sujets en se référant à des travaux d'histoires.

Pour élargir notre regard par rapport à sa conférence et à ce qu'il apporte comme compréhension des enjeux climatiques, ce qui reste excellent, il est intéressant de prendre connaissance de cet article en quatre volets : Regard sur le phénomène Jean-Marc Jancovici.

Pour ce qui est de l'écrivain Michael Moorcock, il a écrit de nombreux livres de fantasy axés autour du Multivers, et des principes de la Loi et du Chaos. Il a été un écrivain très prolifique, pas toujours dans les meilleurs conditions. Une de ses plus célèbres sagas est Le Cycle d'Elric.

Enfin, les citations de "Maître Yoda" sont issues du film "Phantom Menace" de la série Star Wars créée par Georges Lucas.

Édition au 2020-12-19 : fin plus en douceur, mise en avant de la polarisation et de la dualité.

Édition au 2021-01-17 : ajout de l'évocation de l'Amour de et pour la Terre-Mère, célébrée à nu au cœur de l'hiver, ajout de références pour la saga d'Elric et l'épisode de Star Wars cités, et commentaires sur les travaux de Jean-Marc Jancovici.

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